Le Blues de Noël & Stress Familial

LE BLUES DE NOEL ET LE STRESS FAMILIAL

Sapin, décorations, cadeaux, l’ambiance des fêtes sont synonymes de retrouvailles en famille, de plaisir et de bonne humeur. Néanmoins, nostalgie, anxiété de devoir afficher une joie feinte et normée, course aux cadeaux et remise en question de fin d’année font que les fêtes peuvent parfois être porteuses de stress. Au-delà de sa symbolique religieuse, Noël nous confronte au rapport à notre propre famille qu’elle soit présente, éloignée géographiquement ou simplement absente. Cette période rappelle aux gens leur isolement et les dysfonctionnements familiaux. Alors que tout scintille autour de vous, vous avez un sentiment exacerbé de solitude, d’être en décalage et vous vous demandez comment lutter contre ce coup de blues.

Si le lien familial fait défaut, les fêtes deviennent un temps d’exacerbation du sentiment de solitude

L’individu se sent seul quand il est avec les autres, et quand il est seul, il veut le contact humain. La résolution du dilemme passe par l’éloge de la solitude pour faire le tri entre les différents liens que nous tissons dans notre vie et cultiver le lien affectif avec ceux que nous aimons qui fait que la vie mérite d’être vécue, malgré notre solitude inconditionnelle devant la mort. Notre salut passe par là d’où la déception, dépression voir le désespoir quand ça ne marche pas. On n’existe pas seul, nous avons besoin des autres pour devenir des individus et c’est seulement comme individu que nous pouvons aimer les autres.

Dans les sociétés traditionnelles, personne n’était jamais seul, mais la communauté avait droit de regard sur tout. Nous vivons dans une société d’individus où l’encadrement communautaire et institutionnel tend à s’effacer. La liberté individuelle aspire à l’autosuffisance et à une indépendance absolue d’un côté, et aux affinités sélectives, à l’amour et à la passion de l’autre, comme jamais dans l’histoire humaine. C’est pourquoi le rapport à la solitude dans notre société individualiste est profondément ambigu, à la fois le paradis et l’enfer. Nous défendons notre sphère privée dans laquelle nul n’a le droit d’intervenir pour protéger notre intimité, mais le prix à payer est la solitude. Prendre conscience d’avoir fait ce choix peut aider à accepter la contrepartie.

Le rapprochement familial exceptionnel de cette période ravive les tensions familiales

La mutation du modèle familial fait que la famille est passée d’un groupe communautaire à une somme d’individualités. Les relations entre conjoints sont devenues plus fragiles, mais les rapports parents/enfants et grands parents/petits-enfants sont très investis. Les solidarités intergénérationnelles, les aides de tous ordres, les contacts réguliers sont extrêmement dynamiques et important dans notre vie quotidienne. La famille reste le meilleur rempart contre la solitude.

C’est pourquoi pour ceux qui voient leurs familles une fois par an à cette période, il y a le stress de voir les tensions émerger entre discussions politiques et comparaisons des réussites respectives. C’est le frère ou la sœur avec lequel on est en conflit depuis des années, le parent qui est toujours là pour rappeler qu’un de ses enfants n’a toujours pas de descendance, voire de partenaire, la belle-mère avec laquelle on est en conflit depuis toujours, les deuils qui ont ponctué le parcours de chacun, etc. Noël, dans sa dimension de rassemblement vient cristalliser toutes ces souffrances et

non-dits et pour certains enfants devenus adultes les maintenir dans la certitude d’être soit le vilain petit canard de la famille, celui ou celle qui à moins bien réussi que son ainé. Aussi pour certains, il y a aussi la nécessité de maintenir les apparences coûte que coûte au prix parfois d’une véritable somatisation qui fait que ce n’est pas seulement le foie gras qui est indigeste. Personne n’ignore que les griefs que l’on s’efforce de taire finissent toujours par ressortir et souvent au moment du dessert lorsque l’alcool est venu désinhiber la plupart des convives.

Dans quelle famille va-t-on choisir de passer les fêtes peut devenir un casse-tête parfois insoluble qui peut amener de fortes tensions dans les couples. La nécessité de communiquer, d’identifier les besoins et peurs de chacun, peut souvent permettre de désamorcer les tensions. Certains couples ont d’ailleurs choisi de partir faire les fêtes ailleurs, une façon de mettre la distance nécessaire et de ne pas avoir à choisir au risque d’un conflit avec leurs parents. Ou bien, on ne fête plus Noël en famille mais des Noël avec les familles : une fois avec les parents, une fois avec les grands-parents, déclinable autant de fois qu’il y a de parents dans des familles éclatées et recomposées. Il y a une sorte de pluralisation, de complexification des rites au sein des familles.

Faire le deuil de la famille idéale est loin d’être aisée mais c’est un travail psychique essentiel au risque sinon de voir réapparaître à chaque fête les mêmes douleurs. Il faut éviter d’avoir une vision idyllique qui résumerait cette période au resserrement des liens familiaux. Il y a une ambivalence entre la joie de voir la famille et la difficulté de cohabiter.

La nostalgie d’un souvenir d’enfant enchanté

Malheur pour certains, bonheur pour d’autres, Noël c’est aussi la réactivation de souvenirs affectifs liés à l’enfance. L’esprit de Noël c’est aussi cette capacité à retrouver son âme d’enfant pour s’émerveiller devant des vitrines enchantées, des marionnettes qui s’animent. Néanmoins pour certains les sapins et les guirlandes peuvent laisser un sentiment de tristesse, voire d’angoisse face à l’hystérie collective et la frénésie des achats. On cherche à retrouver ce Noël idéal d’un temps jadis vécu ou fantasmé de l’enfant que l’on était et de la matrice familiale dans laquelle on baignait. La croyance au Père Noël et la fonction imaginaire qu’elle représente, l’excitation d’ouvrir ses cadeaux au pied du sapin, tout cela est révolu. Grandir a obligé chacun à devoir renoncer à ses croyances, et l’image du bon Père Noël amenant des cadeaux est loin d’être pour certains celle du bon père protecteur.

Ces festivités situées dans le dernier mois de l’année  sont aussi le temps du bilan de l’année écoulée. Les choix et les décisions qui ont été faits ou pas, des évènements agréables ou désagréables qui sont survenus tout au long des mois sont passés en revus. Correspondant au solstice d’hiver où la lumière l’emporte sur les ténèbres, si elles doivent permettre un temps de deuil, ce passage est aussi le lieu d’un temps à venir, celui de la nouvelle année pleine de possibles et de promesses.

Consommation et soif spirituelle

La perte du sens religieux de Noël pourrait aussi expliquer l’augmentation du nombre de personnes touchées par le blues de Noël. Chacun dans sa préparation de Noël pense budget cadeaux, recettes culinaires, décoration, échanges de chèques, etc., mais on oublie la messe de minuit. Il y a une perte de sens et un vrai hiatus entre ce que la société propose et les besoins de l’individu. Il y dans Noël une difficulté à s’extraire du matérialisme ambiant, du consumérisme qui ne peuvent pas combler notre soif spirituelle. La débauche de consommation met l’accent sur tout ce qui nous manque. Que l’on soit croyant ou non, la dimension sacrée de cette fête peut être vue comme une tentative de se rapprocher au plus près de ce symbole magique et féérique qu’est l’esprit de Noël. Le fameux esprit de Noël n’est pas mort, il demande juste à être recréer en accord avec ce que nous vivons aujourd’hui.

Envisager Noël différemment

Certaines personnes ne trouvent pas leur place au milieu de ces visages béats et se sentent d’autant plus isolées dans cet univers de marchandisation généralisée où la dimension commerciale a explosé. Pendant cette période de fêtes, la peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur ou d’essuyer des critiques est très forte. La pression des cadeaux et l’organisation des repas de fêtes, met bien souvent en déroute le budget tout en requérant de l’imagination. Alors pourquoi ne pas réinventer les règles dans le contexte qui est le nôtre?

Faites de Noël une fête personnalisée, créez vos décorations à partir de matériaux d’emballages récupérés. Vous aurez le plaisir de la créativité, le bonheur d’accomplir quelque chose de vos mains, et le sens du devoir accompli en sauvant la planète. Loin du clinquant des malls, vous accomplirez un travail satisfaisant de recyclage. Si vous avez des enfants, ils auront plaisir à admirer leurs œuvres exposées. Vous mettrez un sourire sur leur visage, graverez à jamais un souvenir de réalisation dans leur tête, et cerise sur le gâteau une leçon de civisme qui sera en accord avec l’esprit de Noël. L’argent ainsi économisé vous pouvez le donner personnellement à une de ces vieilles personnes courbées par la tâche de récupération que vous apercevez dans la rue. Faites-le avec vos enfants, si vous en avez, comme un exercice de compassion et de respect.  Retrouvez l’esprit de Noël, d’un amour universel, redonnez du sens à Noël pour vous, et pour vos enfants.

Il est important de comprendre le rejet que l’on peut avoir de Noël et des fêtes de fin d’année

Il n’existe pas de recette miracle pour aborder les festivités dans la joie mais il y a peut-être quelques solutions qu’il appartient à chacun d’essayer de trouver en faisant de ce moment chargé émotionnellement un espace de rencontre avec soi-même et avec ceux qu’on aime, en s’interrogeant sur ses peurs et sur ce que l’on souhaite peut-être aborder avec sa famille. Prendre conscience de tous les facteurs anxiogènes vous aidera à les tenir à distance mentalement. Prenez soin de vous, si vous êtes heureux vous participerez à détendre l’atmosphère, à redonner du sens et à retrouver l’esprit de Noël.

Si vous sentez que malgré ces conseils, vous appréhender trop fortement la période des fêtes, un lieu de parole avec un psychologue peut vous aider à y voir plus clair. L’important est que vous aussi vous trouviez votre bonheur en cette période de fêtes. Vous pouvez contacter le Dr. Elefant-yanni, psychologue clinicienne / psychothérapeute, en suivant ce lien ici.

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